Le BYOD : entre perspectives et réalités pédagogiques

1
16

Par Aurélien Fiévez, en collaboration avec Gabriel Dumouchel

Un dossier conjoint de L’École branchée et de Carrefour éducation.

Illustration par Mélanie Leroux

 

Ces dernières années, nous voyons apparaître une nouvelle forme d’intégration des technologies en salle de classe : le « Bring Your Own Device (BYOD) » ou « Bring Your Own Technology » (BYOT) ou encore « Apportez Votre Appareil Numérique (AVAN) en français. Ce nouveau type de configuration est de plus en plus présent dans les salles de classe, car il répond à des besoins financiers, mais également éducatifs, dans une société où l’enseignement est de plus en plus personnalisé et intégré aux besoins de consommation. En pratique, des enseignants utilisent cette configuration en salle de classe lorsqu’ils permettent à leurs élèves d’amener leur(s) outil(s) technologique(s) personnel(s) afin de réaliser des tâches spécifiques. Cependant, cette nouvelle approche pédagogique apporte avec elle son lot de perspectives et de réalités. En effet, elle demande une préparation et une analyse approfondie de l’environnement d’enseignement-apprentissage afin de réussir son intégration.

Ce dossier vise à apporter un éclairage pratique et scientifique sur l’utilisation du « Bring Your Own Device » (BYOD). Il devrait permettre aux enseignants, praticiens, acteurs pédagogiques, mais aussi aux chercheurs de comprendre les origines de son existence et les réalités qui l’entourent. Notons parallèlement que les technologies de l’information de la communication (TIC) font maintenant partie intégrante de la vie quotidienne des citoyens du 21e siècle. D’ailleurs, le nombre d’individus possédant au minimum un téléphone portable, un ordinateur ou un téléphone intelligent est en constante progression. Selon Statistique Canada, en 2010, 80 % des Canadiens utilisaient Internet et possédaient l’un de ces outils. La même année, au Québec, on note que 77 % des individus possèdent un outil numérique. De leur côté, 81 % des travailleurs dans les entreprises utilisent Internet et possèdent leur propre appareil. De ce fait, les entreprises ont compris qu’elles ne peuvent pas ignorer cette nouvelle réalité. Ainsi, le BYOD a fait une entrée lente, constante et souvent efficace dans le monde du travail. D’ailleurs, les employés spécifient que le fait d’utiliser leur appareil personnel permet d’avoir à portée de main un outil qu’ils connaissent, facile d’accès et qui combine les informations personnelles et professionnelles de leur quotidien (Garlati, 2011). Il a donc été nécessaire de mettre en place des règles, des mesures, mais aussi des outils afin d’aider les employés à travailler et à s’approprier efficacement ces technologies dans leur milieu de travail (Émery, 2012).

En parallèle, les établissements scolaires suivent cette tendance alors qu’ils sont de plus en plus nombreux à permettre à leurs élèves d’apporter leur appareil personnel à l’école (Burns-Sardone, 2014). Les réalités soulevées par les entreprises se retrouvent partiellement transposées dans le contexte scolaire. Ainsi, certains avantages, comme une motivation accrue de l’utilisateur dans la réalisation de ses tâches, ou l’augmentation des compétences technologiques des apprenants (Benham et al., 2014) sont mis en évidence. Cependant, des inconvénients apparaissent également, comme la distraction des élèves, ou la gestion de l’enseignement-apprentissage qui se retrouve complexifiée.

Alors, quelles sont les réalités, quels sont les prérequis et les aboutissants d’une intégration BYOD dans une salle de classe? Comment les enseignants peuvent-ils jongler avec ces outils? Quels sont les avantages réels et quels sont les inconvénients du BYOD en contexte scolaire? C’est à l’ensemble de ces questions que ce dossier tentera d’apporter des éléments d’explication. Nous y aborderons successivement la définition du concept, les perspectives pratiques de son utilisation, les ressources actuellement disponibles et nous terminerons par une conclusion globale amenant des pistes de réflexion.

 

Table des matières

1. Introduction
2. Que signifie BOYD?
3. Les différents modèles d’intégration du BYOD
4. Pourquoi utiliser le BYOD dans une classe?
5. Comment intégrer le BYOD dans un établissement scolaire?
6. Comment mettre en place le BYOD dans une classe?
7. Quelles ressources pratiques pour le BYOD?
8. BYOD : conclusion et références

 

Références du texte

Benham, H., Carvalho, G., & Cassens, M. (2014). Student perceptions on the impact of mobile technology in the classroom. Issues in Information Systems, 15(2), 141-150.

Burns-Sardone, N. (2014). Making the case for BYOD instruction in teacher education. Issues in Informing Science and Information Technology, 11, 191-201.

Emery, S. (2012). Factors for consideration when developing a bring your own device (BYOD) strategy in higher education (Mémoire de maîtrise, California College of the Arts).

Garlati, C. (2011). La consumérisation de l’informatique. Récupéré de http://www.trendmicro.fr/media/wp/wp-consumerizaton-of-ent-mobility-fr.pdf

Statistique Canada. (2010a). Utilisation d’Internet par les particuliers et les ménages – Tableaux sommaires. Ottawa, ON : Gouvernement du Canada

Statistique Canada. (2010b). Utilisation des technologies de l’information et des communications par les entreprises et les gouvernements (Entreprises qui utilisent l’Internet). Ottawa, ON : Gouvernement du Canada.

 

 









1 COMMENTAIRE

  1. J’ai rédigé aujourd’hui un post en rapport avec une parution récente du réseau CANOPE en France. Article de Karine Aillerie.
    Je vous laisse la référence : https://www.facebook.com/iMarsAttack/posts/1037975959552578

    Ainsi que ma réflexion toute personnelle, mais tirée de discussions diverses autour de moi…

    Une phrase retient mon attention : « [La problématique ‪#‎BYOD‬] doit ainsi s’intégrer à un projet pédagogique structuré autour de la mobilité et de la collaboration ».
    J’en viens à cette réflexion qui envisage sa réussite au travers de la pertinence des ressources. Et pour bien ancrer mon propos, je m’interroge sur la pertinence de l’intégration obligatoire des usages sociaux…
    En effet, en regroupant ces arguments, on débouche de fait sur l’impérative nécessité d’être connecté. Je suis assez convaincu des conclusions diverses et des arguments employés, car effectivement, aujourd’hui, les choix sont orientés pour développer les pratiques pédagogiques en ce sens. Ce qui est incompatible avec cette ensemble est révélé au travers des règlementations internes aux établissements, mais l’aspect technique et économique n’est jamais abordé ?
    Il m’apparaît de manière évidente qu’en voulant un maximum de cohérence entre tous les ensembles évoqués, on recherche une forme de réussite absolue allant de la pratique au partage des résultats, conclusions ou autres productions. Hors, cela est-il nécessaire ?
    Je m’explique… Un élève, un étudiant, un stagiaire doit-il impérativement finaliser son activité par une transmission ? je pense très sincèrement que non !
    Je travaille pour ma part à la mise en oeuvre de situations où le périphérique de l’élève peut s’intégrer. Je me soucie en réalité très peu des éventuelles dérives liées au risque des les voir utiliser leurs « devices » à mauvais escient. Tout simplement, parce que je définis (limite ?) leur utilisation à un cadre très précis et que l’appareil photographique, symbole omniprésent des inquiétudes diverses (en particulier dans son usage vidéo), ne fait pas partie de mes modes d’entrée dans mes cours. Pour éviter tout de suite des questions inutiles : si prise d’images il y a, elles le seront au travers de matériels que je fournis.
    Dans ce cadre là, et pour poursuivre ma réflexion, j’attribue à la ressource le rôle primordial d’information immédiate. J’ai donc essayé d’utiliser la gamme des applications que l’on trouve partout pour faire saisir des informations : rédiger, parler, chronométrer, comptabiliser. Il est clair que ce n’est qu’au travers de dispositifs adaptés que cela a fonctionné, limités et aujourd’hui très majoritairement conçus pour des actions pédagogiques ciblées. Conçus en fonction de besoins.
    Les tâches imparties sont simples. J’entends par là, qu’elles sont basées sur des consignes simples pour les élèves, et que les résultats proposés doivent être analysés pour être utiles. Ce ne sont que rarement des produits finis. Pour renforcer cela, nous travaillons depuis plusieurs semaines à l’élaboration d’applications regroupées autour d’un projet. Il se nomme MY’EPS.
    Deux points d’entrée :
    – l’EPS, haut lieu du développement du numérique éducatif en mobilité
    – MY pour (Make Your), en référence à des choix en amont des élèves, en réponse à des demandes du professeur, et également, à la possibilité de combiner pratique personnelle et contraintes d’apprentissage.
    L’esprit est d’offrir une option sociale qui propose de rassembler, pour le pratiquant apprenant, les éléments qui sont d’ordre scolaire avec ceux des pratiques sociales qui se développent dans des registres similaires. Pour bien comprendre le début de cette réflexion, je m’appuierai sur l’exemple de la course à pied. Plusieurs points :
    – un intérêt grandissant pour les applications de suivi de sa pratique
    – des options intéressantes pour une analyse de l’action
    – un concept de suivi (plateforme numérique)
    – un moyen de se fixer des objectifs
    Il existe d’autres modèles à penser et réfléchir, mais en me limitant à celui-ci je peux définir dès à présent les options d’une pratique combinée au sein du milieu scolaire :
    – permettre de reproduire un travail de terrain hors temps scolaire
    – identifier les éléments essentiels à l’analyse des progrès
    – partager ou non (et c’est important ! car la réalisation d’un exercice nécessite-t-elle systématiquement son stockage ?), mais obtenir toutefois un résultat.
    Voilà en quelques lignes, ce que j’imagine pouvant être une réponse à l’intégration du numérique personnel, individuel dans les apprentissages. Un premier dispositif verra le jour très prochainement. Les retours de terrain valideront, ou pas, ce développement. Quoiqu’il en soit, nous pousserons la réflexion vers d’autres ouvertures. J’ai laissé de côté dans ma réponse l’aspect « online » de partage pour me concentrer sur la valeur du feed-back. Il est évident que ce vaste et incontournable aspect est déjà entré dans une réflexion plus poussée. Mais comme indiqué dans mon introduction, les contraintes techniques et économiques sont aujourd’hui encore un point qui nous oblige à penser autrement qu’au travers d’une fausse évidente facilité. Sans toutefois empêcher le fait « d’avancer dans l’ère du numérique ».

Comments are closed.